Regards croisés : Les Français et l’installation de détecteurs de fumée dans leur logement

Jean-François Levionnois est le Président Directeur Général de l'institut LH2. Pour Attention Au Feu, il a accepté de répondre à nos questions sur les résultats du sondage réalisé pour Kidde concernant les Français et la protection incendie.

Le récent sondage Kidde-LH2 sur l’attitude des Français et la prévention des incendies domestiques fait ressortir certaines contradictions. Si la grande majorité d’entre eux (77%) prennent au sérieux le risque d’incendie domestique, moins de la moitié (47%) se sentent directement concernés. Comment l’expliquez-vous ?
La contradiction entre des préoccupations d’ordre général est des préoccupations « pour soi » est un point que l’on retrouve régulièrement dans les études d’opinion. Le risque d’incendie de son logement est, de façon incontournable, un sujet que les Français prennent au sérieux. En revanche, au-delà de cette dangerosité à prendre en compte et qui ne fait pas débat, la part de Français se sentant directement concernés se situe à un niveau moindre même si elle reste très importante (1 personne sur 2)…car une certaine partie des particuliers ont l’impression d’avoir de bonnes pratiques en matière de protection et d’être raisonnablement sécurisés contre le risque d’incendie de leur logement.

On sait que les détecteurs de fumée sont le seul moyen réellement efficace d’être averti en cas de départ d’incendie, et pourtant, en France, le taux d’équipement reste faible. Selon vous, quel est le principal obstacle à l’installation des détecteurs de fumée ?
La réticence à l’installation est une conséquence directe de ce faible niveau d’équipement. Les bénéfices qu’apportent les détecteurs ne sont pas encore assez connus du grand public. Dans une grande mesure, la première vague d’équipement des Français peut être liée à des « équipements par précaution » avant que ne s‘équipent des individus « contraints par le cadre législatif » mais aussi et surtout, des individus « convaincus par les bénéfices de cet équipement ». Pour convaincre les particuliers de s’équiper, ces bénéfices devront être soutenus par des niveaux de recommandations importants dans l’opinion (bouche à oreille, médias, assurances, etc.), recommandations qui se développeront avec une meilleure connaissance des détecteurs de fumée et de leur intérêt.

65% des Français ont entendu parler de la loi Morange, mais seulement 21% savent à qui incombe l’installation des détecteurs de fumée. Qu’en dites-vous ?
Ces résultats montrent un point important : plus que les modalités pratiques de l’installation (et à qui elle incombe), c’est surtout son caractère obligatoire qui a été mémorisé. Si 2/3 des Français savent qu’à partir de 2015, l'installation de détecteurs sera obligatoire dans tous les logements, cette relative méconnaissance de la personne qui devra prendre en charge l’équipement soutient également qu’il existe un besoin de communication plus avancée sur les mesures à venir.

Il ressort du sondage que 71% des habitants en maison ont entendu parler de la loi Morange, tandis que 45% des habitants en logements collectifs ne sont pas au courant de cette future obligation d'installer un détecteur de fumée. Le fait d'habiter en maison a-t-il un effet "responsabilisant" ?
En effet, les habitants en maisons individuelles se sont montrés plus préoccupés et sensibilisés que la moyenne aux questions de prévention et de protection contre le risque d’incendie. Si ceci s’explique bien par le fait que l’habitat individuel impose une prise en considération plus attentive des risques pour le logement, il faut aussi avoir à l’esprit que la part de propriétaires est plus importante chez les résidents en maisons que chez les résidents en logements collectifs et que le fait d’être propriétaire de son logement est aussi un facteur de « responsabilisation ».

Que diriez-vous à une personne hésitant à installer un détecteur ?
Sans entrer dans le fait que ces installations s’imposeront aux particuliers d’ici 2015, le point à faire valoir pour soutenir l’équipement des Français est de sensibiliser l’opinion à des « bonnes pratiques » à adopter en matière de prévention du risque d’incendie. Non seulement il existe des bénéfices incontournables à s’équiper de détecteurs mais il faut souligner aussi que les incendies domestiques sont souvent dus à des causes multiples et non forcément anticipables, comme par exemple une installation électrique défectueuse. Alors que l’équipement est faible et que le sujet est relativement peu maîtrisé par les Français, c’est la diffusion de ces « bonnes pratiques » dans les attitudes et comportements des particuliers qui ancrera cet outil dans les équipements de références au sein du logement.

14/02